| "Le prince Victor Napoléon" (1862-1926) par Laetitia de Witt |
|
Thèse d'histoire contemporaine qui à value à Laetitia de Witt
les félicitations du jury et la mention "très honorable"
|
![]() |
Il faut tout d'abord situer le prince Victor. Il est le petit-fils du roi Jérôme, le dernier frère de Napoléon Ier, et de Catherine de Würtemberg. C'est pour servir la politique de l'Empereur que Jérôme avait épousé en secondes noces Catherine de Würtemberg. Ensemble ils eurent trois enfants : le prince Jérôme Bonaparte, mort d'une maladie grave en 1847, la princesse Mathilde et le prince Napoléon-Joseph qui, après la mort de son frère, reprit le nom de Jérôme. Pour se moquer de lui, on le surnommait Plon-Plon. Sous le Second Empire, en 1859, cette fois-ci pour servir la politique italienne de Napoléon III, le prince Jérôme épousa la princesse Marie-Clotilde de Savoie, fille de Victor-Emmanuel de Savoie et d'Adélaïde de Habsbourg. De cette union naquirent trois enfants : Victor en 1862, Louis en 1864 et Laetitia en 1866. Le prince Victor est donc le petit-fils de deux rois : Jérôme, roi de Westphalie et Victor-Emmanuel II, roi d'Italie à partir de 1861. |
Ses origines prestigieuses vont
amener le prince Victor à jouer un rôle politique de tout
premier ordre. Par le jeu des successions, le prince Victor
devint le chef de la Maison impériale puisqu'il n'existait plus
d'autre héritier mâle issu de Napoléon Ier ou de
ses frères. En effet, le roi Joseph n'avait que des filles,
Lucien avait été déshérité par Napoléon Ier et
la branche de Louis s'éteignait en 1879 avec la mort du Prince
Impérial. De ce fait, la branche de Jérôme Bonaparte se
trouvait être la seule dynaste.
A la mort du Prince Impérial, le chef de la Maison impériale
aurait dû être le prince Jérôme. Or, à cause des idées
politiques réactionnaires de celui-ci, le Prince Impérial
avait notifié ceci dans le codicille de son testament :
"Les devoirs de notre Maison envers notre pays ne s'éteignent
pas avec ma vie; moi mort, la tâche de continuer l'oeuvre de
Napoléon Ier et de Napoléon III incombe au fils aîné
du Prince Napoléon". Le Prince Impérial préférait donc
Victor comme successeur. Cette volonté du Prince Impérial eut
d'importantes répercussions. Tout d'abord, elle déclenchait
une rupture irrémédiable entre le prince Jérôme et son fils
Victor. Ensuite, elle faisait qu'à dix-huit ans à peine et indépendamment
de sa volonté, le prince Victor devenait le représentant de la
cause impériale. Il allait le rester jusqu'à sa mort en 1926.
Pourtant, bien qu'il ait été le chef de la Maison impériale
pendant une quarantaine d'années, le prince Victor a été
totalement oublié par l'histoire.
On peut donner quelques rapides
explications à cet oubli. Le prince Victor vécut à une époque
à laquelle porter le nom de Napoléon Ier n'était
pas forcément un atout. Le Second Empire était encore proche
et laissait un mauvais souvenir avec la défaite de Sedan. En
outre, le prince Victor se retrouva à la tête de la cause
bonapartiste par "hasard", il n'avait pas été préparé
à cette fonction. Très vite, il fut bloqué dans ses
possibilités d'action par la loi d'exil votée sous la Troisième
République en 1886, loi qui l'éloigna de ses fidèles. Il
n'avait pas eu le temps de se faire connaître et le parti
bonapartiste était en plein déclin.
La bibliographie quasi inexistante
sur le prince Victor montre bien l'oubli dont il est victime. A
part quelques ouvrages écrits sur lui de son vivant pour servir
la propagande bonapartiste, aucun livre ne lui a été consacré.
L'ouvrage le plus complet a donc été rédigé dans un but
doctrinal par le biographe André Martinet, en 1895. Il manque
donc toute une partie de sa vie. Pour combler ce vide
bibliographique, il existe une source d'une grande richesse : le
fonds Napoléon des Archives nationales. On y trouve la plupart
de la correspondance du prince Victor, ainsi qu'une partie de
ses papiers personnels et des photos servant la propagande. Les
Archives de la Préfecture de Police sont également précieuses.
En tant que prétendant à la cause impériale, le prince Victor
était surveillé en permanence. On trouve des rapports de
police le concernant des années 1884 à 1901. Sur la période
d'après 1900, il existe d'autres archives mais à l'étranger :
chez les Primoli à Rome et au Palais-Royal de Bruxelles.
Le manque d'intérêt concernant le prince Victor est d'autant
plus étonnant que la majorité des membres de la famille impériale
ont inspiré de nombreux ouvrages et biographies. C'est pourquoi
Laetitia de Witt souhaite combler ce vide historique et découvrir
quelle était la personnalité du prince Victor mais surtout
quel avait été son rôle politique à une période où la République
s'installait définitivement. Dans le cadre de cette thèse,
l'auteur compte approcher le prince Victor sous trois aspects.
Dans un premier temps, l'auteur se
penchera sur sa famille et sa personnalité. Dans un deuxième
temps, c'est l'homme politique qu'a été le prince Victor
qui retiendra fortement l'attention. En effet, la vie du prince
Victor a été conditionnée par la politique et par ce qu'il
représentait. La politique est à l'origine de sa rupture avec
son père, de son installation à Bruxelles et donc de son
mariage avec la princesse Clémentine de Belgique.
La troisième partie de cette thèse découle de l'évolution politique du prince Victor et de sa nouvelle conception de la mémoire napoléonienne. Désormais, il se dévouera à l'idéologie napoléonienne non seulement par un soutien politique, mais aussi par un soutien historique et artistique. En fait, pour compenser le déclin du parti bonapartiste, le prince Victor va décider de se concentrer sur une oeuvre qui va occuper et passionner sa vie : entretenir et développer la légende napoléonienne, à travers, entre autres, la constitution d'une collection napoléonienne hors du commun.
![]() |
Laetitia de Witt a choisi de traiter ce sujet de thèse dans le prolongement de son travail de DEA, et de travailler sur le prince Victor par intérêt familial et en raison de sa capacité à accéder à des archives encore inédites à ce jour. |
![]()